[Interview] Women Underground Scrimmage I

27

Jan

Matchs

Le premier Women Underground Scrimmage s’est tenu ce dimanche (24 janvier) sur le magnifique terrain de football américain de Villepinte. La rencontre opposait le Flash de la Courneuve à une union de 22 joueuses des Corsaires, Diables Rouges, Furies, Gauloises, Météores, OgressesPendragons et Sparkles, qui jouaient ensemble pour l’occasion. Elle s’est soldée par un 6 – 0 pour les « Women » comme on appellera désormais cette alliance éphémère.

Des matchs comme celui-ci se tiendront toute la saison, une fois par mois. Toutes les équipes de France sont invitées à ce joindre au projet. Le but premier étant de permettre au plus grand nombre de licenciées de jouer au football.

Afin d’en savoir un peu plus sur le projet, nous en avons discuté avec certains des acteurs de cette première session : Linsey Gibon, créatrice de Women U.S., Nordine BenMimoun coach des Météores et Olivier Sakouvogui, plus connu sous le nom de Sakou, coach du Flash.

Linsey, peux-tu me dire comment est né le projet WUS

Cette année mon équipe ne participe pas au Challenge, du coup nous voulons participer à tous les événements organisés qui nous permettraient de jouer. Mais il faut savoir qu’à partir du moment où le Challenge aura commencé toutes les équipes engagées ne seront alors plus vraiment disponibles.

Après avoir été invitées par les Dragons de Paris fin décembre à un scrimmage du même type, j’ai pu discuter avec différentes personnes, (coachs et joueuses) et pu avoir des conseils auprès de joueurs d’experience.

J’en suis donc arrivée à cette conclusion : trop de filles jouent aux football et restent dans leur coin sans pouvoir pleinement partager la discipline avec d’autres joueuses. Je me suis donc dit qu’il faudrait créer une rencontre en parallèle du challenge afin de donner une nouvelle dynamique et surtout de l’expérience aux filles en attendant de pouvoir s’inscrire au challenge 2017.

Scrimmage de décembre 2015 : Dragons, Corsaires et Furies
Scrimmage de décembre 2015 : Dragons, Corsaires et Furies

C’est en effet ce qui a souvent été conclu et ce qui explique l’engouement pour les rassemblements IDF par exemple.

Comment t’es venue l’idée du nom : Women Underground Scrimmage ? 

Après tout ça je me suis aussi prise la tête sur le nom que j’ai cherché pendant une semaine. Je voulais vraiment un nom facile à utiliser, facile à retenir et surtout en lien avec le concept. Oui, il est en anglais car en français ça ne sonnait pas vraiment bien et n’avait pas l’impact escompté.

Quel est le principe du projet ? 

Je voulais que la première édition se fasse en janvier, j’ai donc contacté toutes les équipes d’Île-de-France car ce sont les clubs les plus proches et cela me permettait de mettre en place ce projet beaucoup plus rapidement. Nous sommes plusieurs clubs dont le nombre de joueuses varie, l’idée ici est de mixer les équipes afin de ne pas créer une compétition entre les équipes mais plutôt une ouverture d’esprit pour l’amour de notre sport.

Le temps d’un après-midi, la compétition se fera donc face à une équipe complètement reconstituée. En début de journée, quelques ateliers par postes seront proposés afin que les coaches puissent voir comment les joueuses évoluent. Ce temps sera relativement court car le but n’est en aucun cas de remplacer ou de faire doublon aux regroupements qui se font déjà. Pour faciliter le déroulement de la journée nous partirons sur un cahier de jeux simple et commun qui évoluera au fil du temps. Concernant la gestion des équipes, chaque journée nous désignerons un coordinateur offensif et défensif en fonction du nombre de joueuses. Ensuite place aux oppositions qui se dérouleront dans les mêmes conditions que le Challenge à savoir les même règles, avec des arbitres, etc… Comme en vraie situation de match !

Quels sont les objectifs de ces journées pour les différentes équipes et joueuses ? 

Les objectifs premiers sont que les filles prennent du plaisir et quelles s’entrainent pour quelques chose. Qu’il se crée en elles un esprit compétitif mais aussi d’équipe, mais également de « briser la glace » entre les équipes ( j’ai pas vraiment le mot) et de leur permettre d’avoir leur premières sensations de football.

Ensuite je dirais qu’il s’agira de pérenniser ce projet afin qu’il évolue dans le temps.

Quelles ont été les difficultés que tu as du affronter ou que tu rencontres encore ?

J’ai créé Women U.S. pour tout le monde et sous aucunes couleurs. C’était important pour moi, car quand je parle de ce projet je ne suis pas Corsaire ! Oui, effectivement j’ai rencontré des difficultés,  à plusieurs niveaux d’ailleurs.

1/ Organiser un projet comme celui-là en étant soit même dans un club est difficile. Il est difficile d’y mettre une organisation neutre vis à vis de ses propres coachs et de son président car je ne suis qu’une simple joueuse et à partir du moment où je vais les faire participer il est difficile pour eux comme pour moi d’adopter un autre positionnement.

2/ Inviter d’autres clubs à participer est difficile soit parce qu’ils se méfient de l’organisation ou peut-être ont-ils peur que leur filles leur échappent, je ne sais pas. Il y aussi le long temps de réponse voir très long pour certains clubs car la section féminine n’est pas prioritaire : vous avez tort ! Haha !

3/ Les désistements de dernière minutes très difficiles à gérer comme partout ou même les « finalement je serai là ». Enfin, ça c’est plus pour les coachs.

4/ Les coachs qui disent que leur filles ne sont pas prêtes. Concrètement que veulent-ils dire ? C’est bien dans ces moments qu’elles pourront se préparer, comprendre ce qu’est le foot ne serait-ce qu’en venant voir.

Affiche de la première édition de Women U.S.
Affiche de la première édition de Women U.S.

À qui sont ouverts ces scrimmages ?

Si on s’intéresse à la première dimension du projet, ils sont avant tout ouverts à toutes les équipes qui ne sont pas assez pour pouvoir faire une attaque et une défense, celles qui ne peuvent pas s’inscrire au challenge mais également celles qui y sont inscrites. En effet, il y a une deuxième dimension à ce projet qui est de permettre à ces équipes déjà en lice de participer à ces journées en vue d’un match amical mais également de préparation à leur futur match.

Les Dragons de Paris étaient prêtes à inaugurer cette première édition mais elles n’on pas pu malheureusement. Le rendez vous est donc pris pour février. De ce fait, la premiére équipe à participer au projet a été le Flash de la Courneuve.

Quels sont les retours que tu as eu suite à cette première édition ? 

J’ai eu beaucoup de remerciements et de félicitations. Les filles étaient ravies et sont dans l’attente de la prochaine. Quand aux coachs, plusieurs m’ont remerciée, ils étaient ravis que j’ai pensé à eux car ils n’ont que 2 voir 3 filles. J’ai senti tout le monde décontracté et content de cette journée. Des équipes souhaitent déjà réitérer l’aventure et notamment des équipes non présentes dimanche comme les Diables rouges et les Félines qui ont pris rendez vous pour février.

Comment vois-tu donc la suite, as-tu pensé à des améliorations ? 

Comme toute personne qui organise, j’ai oeil plus perfectionniste et il y a encore des choses à améliorer, à changer, à ajouter ou à ne plus faire : c’est en forgeant qu’on devient forgeron ! En tout cas la suite est prometteuse, il y a de quoi faire et les filles et les coachs sont motivés. Quoi rêver de mieux ? Le plus dur sera de trouver les dates car il y a beaucoup de matchs en même temps. Pour la session de février j’envisage d’organiser ça le 21 ou le 28 février. Pour l’instant on n’a pas encore l’endroit mais j’y travaille !

Linsey, un petit mot de fin ? 

Franchement j’ai pris plaisir à organiser cette journée et j’espère que ce sera pareil pour les autres. Ce que je retiens surtout ce sont les super rencontres que j’y ai faites : Sakou et Kévin du Flash, Nordine des Météores et Jéremy des Ogres et merci à tous les autres que je connaissais déjà.

Merci beaucoup Linsey ! 

Première édition de Women U.S.
Première édition de Women U.S.

 

Voici justement les retour du coach des Météores, Nordine BenMimoun et de Sakou du Flash. 

Comment s’est passée cette première édition ? 

Nordine : Pour une première avec des joueuses de 6, voir 7 équipes différentes, on peut dire que le résultat est plus que bon. Nous n’avions pas de cahier de jeux commun mais les joueuses ont réussi à s’adapter rapidement au système. Il faut donc les féliciter pour ça et pour leur investissement et leur écoute.

Sakou : Tout d’abord très bonne initiative de Linsey. Sans des personnes impliquées et volontaires comme elle, le foot féminin mettrait des décennies pour faire parler de lui. Cette journée fut très agréable, nous avons pu réunir un petit effectif, mais cela nous a permi de faire tourner nos jeux et de mettre nos joueuses dans des conditions de « match ».  De part et d’autre, l’envie était au rendez vous et les conditions météorologiques aussi. Nous remercions aussi les Diables Rouges d’avoir accepté de nous recevoir. Ce projet d’Underground Scrimmage est bénéfique pour les équipes qui n’ont pas suffisament de joueuses afin de leur permettre de jouer des rencontres, et de l’autre coté permettre à des équipes inscrites au challenge de pouvoir faire des mises en situation afin de se préparer pour les matchs à venir. L’ambiance était bon enfant et sérieuse à la fois…

Il y a-t-il des points à améliorer selon vous ? 

Nordine : Pour pouvoir améliorer les choses, il serait bien et important d’avoir des pratiques communes. Car on sait tous que les coachs ont une méthode de travail différente et surtout, qu’on n’utilisent pas tous le même vocabulaire. Donc pour faciliter la progression des joueuses, il est hyper important d’avoir des entraînements communs.

Sakou :  L’amélioration se fera au fil du temps, nous sommes dans les prémisses du projet. Je pense que cela ne peut qu’évoluer et donner envie aux femmes de venir participer à cette grande aventure qu’est le football américain. Il y a de la place pour tout le monde et cette « promotion » ne peut être que la plus belle des vitrines en dehors du challenge, car tout le monde y participe.

Qu’est-ce qui est différent dans le fait de coacher des femmes ? 

Nordine : Mon point de vue est plus que positif à ce sujet. Car les joueuses féminines veulent apprendre, alors elles sont investies, attentives et surtout « coachables ».  Il y avait une très bonne ambiance, les filles communiquent beaucoup entre elles. Elles s’entraident, se motivent et se félicitent. C’est important d’avoir une cohésion de groupe. Et pour elles c’est naturel.

Sakou : Ce que j’aime c’est que les femmes ont besoin de comprendre le pourquoi de la chose et que seulement ensuite elles le feront. C’est la grande différence avec les hommes et une fois que l’on a compris cela il est facile de pouvoir coacher un groupe et d’avancer tout en prenant du plaisir. Passer son temps à crier derrière les personnes sans donner d’explication, ne fait que fermer la personne et on n’en tirera pas le meilleur (c’est mon point de vue).

Que pensez-vous du développement du football féminin en général ? 

Nordine : Clairement je crois au foot féminin en France. Il n y a qu’à regarder notre cousin, le rugby. Il y a une très bonne équipe nationale féminine. Donc si on se donne les moyens de développer cette section, on pourra à moyen terme avoir une équipe nationale.

Sakou : Pour favoriser le développement du foot féminin, il faudrait déjà avoir un championnat et non un challenge. 5 matchs dans une saison c’est court. Mettre en place des regroupements c’est une bonne chose, cela permet de se rencontrer et de pouvoir entamer un travail de grande envergure pour les années à venir, comme une équipe IDF, puis EDF… Longue vie aux projets autour du sport féminin et n’hésitez pas a en proposer, il y aura toujours des gens pour vous aider ou vous soutenir ! Go Girls !!!

Merci beaucoup à Linsey, Nordine et Sakou pour ces retours inspirés, riches et enthousiastes. Ils reflètent parfaitement la réalité du football américain féminin à l’heure actuelle : beaucoup de soutien, de petites initiatives et énormément d’envie ! En espérant que le reste suive pour des projets officiels de pus grande échelle.

Merci aux Ogres de Créteil pour le partage de la vidéo du touchdown de la rencontre !

Si vous souhaitez faire participer votre équipe aux prochaines éditions de Women Underground Scrimmage, veuillez contacter Linsey à cette adresse : linsey.lg@gmail.com.

Article de Sylvie Aïbeche