[Interview] Franck Lazaro, THE official one !

17

Déc

Équipe de France
Alors que la première ébauche du Vichy Bowl au féminin vient d’avoir lieu, je tiens à remercier Franck Lazaro d’avoir pris le temps de répondre à ces questions qui je pense intéresseront beaucoup de joueuses. Nous attendons depuis des années d’avoir un interlocuteur de la FFFA pour obtenir de la clarté sur le sujet du football américain féminin. Enfin !
En prélude :
Franck a souhaité préciser que le stage de Vichy, n’était pas un regroupement national, sous l’égide de la FFFA, comme les stages de Thonon et Amiens en 2016. L’organisation a été menée par la LARAFA, un peu dans l’urgence, il est vrai… mais comme il le dira plus bas dans l’interview, l’idée intiale d’un match interligue entre IDF et PACA prévue initialement pour la saison passée a été reprise en y greffant les Alpine Thunders. La FFFA n’a pas participé à l’organisation, ni à la communication de ce camp. Même si la personne réferente était la même que pour un stage national (en l’occurrence Franck), ses fonctions n’étaient pas orientées par des directives fédérales.
Il a mené et coordonné ce projet féminin dans ses fonctions de CTRF de Ligue, du fait de la localisation du CREPS de Vichy sur le territoire Auvergne Rhône Alpes… Si le stage avait été organisé avec la FFFA, les moyens auraient été différents et nous auraient permis d’avoir une organisation moins chaotique (comme il le dit dans l’interview).
Il voulait juste préciser ce point qui lui paraissait important.

FAF : Raconte moi ton parcours stp.

FL : Dans les grandes lignes, j’ai commencé le Football Américain au début des années 90 au seins des  Centaures de Grenoble, où un de mes coaches de l’époque était un certain Thierry Soler (ex DTN). J’ai ensuite joué aux Black Panthers au début dés années 2000, pour me consacrer totalement au coaching depuis 2006. Je suis CTRF de la Ligue Rhône Alpes, depuis 2007. A cette date, j’ai pu faire la connaissance de Larry Legault, qui m’a permis d’intégrer le coaching staff de l’équipe de Thonon. J’ai beaucoup appris aux côtés de ce dernier. J’ai continué mon parcours de coach auprès des  Centaures, avec lesquels j’ai collecté quelques jolis souvenirs, comme une accession en Elite en 2010. J’ai continué ma formation en passant un DES à l’INSEP en 2012. J’ai été par la suite responsable du CER de Chambéry pendant 4 années. J’ai pu aussi collaboré avec différents clubs de ma région comme les Aigles et actuellement, les Gônes.

Sous l’impulsion d’Olivier Moret, j’ai intégré l’EDF U19 lors de la campagne mondiale au Koweït en 2014. Le même Olivier Moret qui, devenu DTN depuis, m’a confié le pilotage du projet national féminin.

FAF : Comment et pourquoi as-tu décidé de t’engager dans le développement du football féminin ?

FL : J’ai eu l’opportunité de coacher l’équipe féminine des Centaures en 2013, lors du premier match féminin officiel sur le territoire national, contre les Sparkles. J’ai découvert un groupe enthousiaste, attentif, passionné non seulement par le jeu mais aussi par son apprentissage (ce qui n’est pas toujours évident avec les garçons). Cette expérience m’a beaucoup enrichi et cela m’a donné envie de continuer à œuvrer en direction du public féminin. Au delà de l’envie de gagner, les filles portent une attention particulière aux relations interpersonnelles et à la vie de groupe. C’est un versant très intéressant qui me permet d’appréhender le coaching sous un angle différent. Sur un plan plus général, je trouve que le développement de la pratique sportive féminine (et des sports collectifs en particuliers) apporte une perspective nouvelle… peut être moins « testostéronée », mais très enrichissante sous d’autres aspects, notamment sur le plan humain.

 FAF : Quel était l’objectif du mini-bowl féminin qui a eu lieu le 9/10 décembre ? 

FL : Ce « Mini-Bowl », n’est plus ni moins qu’un prétexte pour réunir et valoriser les licenciées des 3 ligues dynamiques, que sont IDF, PACA et Auvergne Rhône Alpes. Pourquoi ces 3 ligues en particuliers?…. c’est un concours de circonstances. PACA et IDF avaient déjà un projet de rencontre inter-Ligues, en fin de saison dernière. Celui-ci n’ayant pas pu avoir lieu aux dates pressenties, il a été reporté au début de cette nouvelle saison. La LARAFA forte de son entente régionale (Alpine Thunders) est venu se greffer au projet, en accueillant sur son territoire, ce mini tournoi. Vichy se trouvant à mi-chemin et le site bénéficiant d’installations éprouvées depuis de longues années avec le traditionnel Junior Bowl, le contexte était plutôt favorable à la tenue de ce mini-tournoi.

Mais il ne faut pas se tromper. Il n’y avait rien à gagner ce week-end, si ce n’est de l’expérience et le plaisir de partager la même passion, en dehors du contexte compétitif du Challenge National. Il est primordial, à mon sens, de favoriser de tels événements qui sont sources d’échanges entre coaches et athlètes d’horizons différents. Cela permet de gommer les traditionnels clivages Nord-Sud, imposés par les formules de championnat.

Alpine Thunders vs BlueCanes 2017 - "Don't do that!!"
Alpine Thunders vs BlueCanes 2017 – « Don’t do that!! »

FAF : Quelles sont selon toi les prochaines étapes de ce projet ? 

FL : Il serait intéressant de permettre à un nombre croissant d’équipes de rejoindre cet événement et de rendre ce dernier récurrent. Pourquoi pas une déclinaison du Junior Bowl au féminin… Peut être pas un  strict Copier/Coller, mais une formule qui permette de valoriser un nombre de licenciées plus important chaque année.

FAF : Très clairement, quelle est la position et la vision de la DTN ? 

FL : La position de la DTN au sujet de la pratique féminine, est la même que pour toutes les autres sections, notamment les plus jeunes: « Aucun licencié ne doit rester sur le bord de la route ». Autrement dit, il faut que nous nous organisions pour donner du temps de jeu (sous quelques formes que ce soit) à TOUS nos pratiquants.

Certains clubs ont quelques initiatives de rapprochement avec d’autres (scrimmages, séances d’entrainement communes…) mais il me semble que les Ligues Régionales sont les plus à-mêmes de coordonner ces actions à leur niveau. En effet, elles ont une parfaite connaissance de leur territoire et des besoins de leurs clubs affiliés. C’est aux Ligues de définir quelle sont les solutions les plus appropriées, pour insuffler une réelle cohérence dans le développement et la pérennisation des pratiques. C’est selon moi, l’acteur majeur de la dynamique territorial de nos disciplines.

Le Challenge National est aujourd’hui la seule réponse à la demande compétitive du public féminin. Mais est-il la solution la plus pertinente, au regard du nombre de nos licenciées et de leur localisation géographique?… Sincèrement, je pense que non, car trop de filles restent encore  isolées. Leurs clubs n’ont pas toujours la possibilité de leur proposer autre chose que les traditionnelles séances d’entrainements et elles se retrouvent exclues du dispositif bien malgré elles. Je trouve cela injuste. Il faut donc trouver des solutions intermédiaires pour que chacune d’entre elles puissent pratiquer leur sport favori, sous des formes compétitives ou non, mais qui leur permettrait de jouer et de donner du sens à ce qui leur a été enseigné dans leur clubs.

FAF : Comment s’est organisé ce projet et collaboration avec les autres Ligues ? Avez-vous la même vision ?

FL : Les 3 ligues en question, ont la chance d’avoir en leur sein des CTRF salariés, ce qui a grandement facilité les choses. J’ai pu travailler en étroite relation avec mes homologues Jean-Yves Carton (IDF) et Johan Debrabant (PACA), qui ont la connaissance de leur territoire et de leurs acteurs locaux. Ils savent expliquer à leurs élus l’intérêt  de tels événements, ils savent solliciter les personnes ressources (ETR), fédérer autour de projets valorisants pour leur territoire et leurs licenciés. En cela, oui nous avons la même vision des choses et nous continuerons à travailler ensemble, et avec les autres Ligues qui entreront dans cette démarche.

FAF : Que penses-tu du développement du football féminin en France ? Quelles seraient tes suggestions ?

FL : A mon avis, il nous faut continuer à œuvrer pour une plus grande visibilité. Notre présence sur les réseaux sociaux est nécessaire mais pas encore suffisante… Il faut diversifier nos vecteurs de communication pour toucher encore plus de filles… Nous ne représentons pas un sport majeur dans notre pays, il faut donc nous organiser pour faire connaitre notre discipline au plus grand nombre. En parallèle, il faut continuer à structurer nos clubs, qui restent dans l’ensemble, assez fragiles. La formation des coaches est aussi un facteur important de développement car elle permet d’améliorer les capacités d’accueil de nos structures et de garantir un enseignement de qualité. Il faut permettre aux filles d’intégrer les fonctions de dirigeant et de coaches…. des postes qui restent largement occupés par des hommes aujourd’hui.

Alpine Thunders vs BlueCanes 2017
Alpine Thunders vs BlueCanes 2017

FAF : Qu’apprécies-tu dans les équipes étrangères ? À la fois purement sportivement ou en tant que projet, ambition et organisation fédérale ? Lesquelles surveilles-tu ? T’en inspires-tu ?

FL : J’essaie de suivre l’actualité internationale féminine par l’intermédiaire de FAF, mais j’avoue ne pas m’être penché sur les démarches des autres fédérations dans la construction de leurs équipes nationales. Il est très difficile de faire des comparaisons avec l’étranger pour la bonne et simple raison que le modèle de fonctionnement du Sport en France est particulier. On croit souvent que ça fonctionne mieux ailleurs, que c’est plus facile… mais le contexte n’est pas le même. Il n’est pas possible d’aborder cette question si simplement en quelques lignes. Le problème est complexe: la place du sport à l’école, l’emprise territoriale des autres disciplines (notamment pour nous, la concurrence du rugby qui reste le sport de combat collectif majeur dans notre pays…), les sources de financement du sport amateur, la visibilité, etc…

S’inspirer de ce qui se fait ailleurs?… bien sûr… Il faut toujours garder un œil attentif à ce qui se fait autour de nous, c’est un évidence… Mais il faut envisager ce projet de développement avec nos spécificités, et nos réalités nationales.

FAF : Qu’attendais-tu de voir dimanche lors du Bowl à Vichy ? Quel niveau attendais-tu et qu’en as-tu pensé a posteriori ?

FL : N’ayant pas pu organiser de regroupement national la saison dernière, je n’ai pas pu suivre la progression des filles que j’avais pu croiser lors des précédents stages. J’ai été heureux d’en retrouver quelques unes, mais aussi satisfait de voir que leur niveau ne cesse d’augmenter. J’ai remarqué un meilleure fluidité, des gestes qui s’automatisent, un sens du jeu accru… Force est de constater que les filles prennent des reps et de l’expérience… mais surtout aussi que leur encadrement est compétent et que le boulot entamé porte ses fruits… c’est très rassurant pour la suite.

FAF : Que changerais-tu dans les prochaines éditions ? 

FL : Si nous devons accueillir plus d’équipes dans de prochaines éditions, comme je l’ai dit précédemment, il nous faut une meilleure préparation logistique… et intégrer dans notre staff des responsables dédié à ce secteur. J’ai eu, ce week-end, une grosse pensée pour mes collègues Charly Paviot et Eric Pierre qui accompagnent traditionnellement, nos collectifs EDF et qui ont pour mission de s’occuper de tout ce qui touche à l’environnement du stage.  Pour cette première fois, il a fallu naviguer à vue, sans trop de repères. La plupart du temps, nous nous appuyons sur une structure locale, qui a une bonne connaissance du site et de ses équipements. Ce n’est pas le cas pour Vichy… Bref, cela a été chaotique parfois, mais j’ai « essuyé les plâtres ». Une expérience de plus qui nous permettra de gagner en efficacité pour les prochaines éditions….  et avec un peu de chance, je pourrai peut-être même coacher !! :o)

Regroupement régional féminin à Grenoble en 2016
Regroupement régional féminin à Grenoble en 2016

FAF : A ton avis, la France a-t-elle intérêt à se placer pour participer aux qualifications des championnats d’Europe de 2019 ? Pourquoi ?

FL : 2019 est une échéance très proche. Il me parait prématuré d’envisager sereinement l’intégration d’une compétition internationale sans avoir correctement construit et aguerri un tant soit peu, un collectif national qui n’est aujourd’hui pas encore construit. Il me semble important de mettre en place, en amont, une vrai filière d’accession au Haut Niveau. C’est l’objectif des 2 prochaines années.

FAF : Il y a t-il une roadmap claire de la FFFA sur le développement du Football Américain Féminin en France ? 

FL : LA DTN a récemment émis des directives et décrit un parcours de construction d’une équipe Nationale à l’horizon 2020. Pour y arriver, il faut que la dynamique territoriale dont je parlais un peu plus haut, soit opérationnelle et pérenne. Elle constituera la filière d’accession au Haut Niveau. J’en parle un peu à la question précédente.

FAF : Un mot pour finir ?

FL : Juste exprimer une nouvelle fois ma satisfaction et mon enthousiasme de voir progresser nos athlètes féminines, voir leur nombre se développer et  le niveau global se renforcer… j’espère ardemment voir nos rencontres se multiplier, nos échanges se renforcer et construire ensemble ce collectif national que nous attendons toutes et tous.

Sparkles vs Centaures 2014
Sparkles vs Centaures 2014

Merci à Franck pour cette interview. Du coaching de qualité, du cadre, une ligne directrice et de la reconnaissance, je pense que c’est effectivement ce que demandent toutes les filles. Le niveau de coaching et les projets concrets mis en place seront primordiaux durant cette attente, avant l’hypothétique première compétition internationale de la Team France à l’Euro 2023 dans 6 ans. Hâte de voir ce qui va se mettre en place…

Interview par Sylvie Aïbeche